On voit de plus en plus de compagnies afficher des produits faits à base de thé rouge, ou rooibos, en prônant ses vertus anti-oxydantes. Je l’utilise moi-même dans mes préparations, notamment ma crème de jour au thé rouge et macadam. On prône également ses vertus lorsque consommé.

Mais qu’en est-il vraiment ? Ses vertus ont-elles été vérifiées par des recherches scientifiques sérieuses ? Ma nature sceptique m’a poussée à faire quelques recherches, j’avais besoin d’être convaincue de façon scientifiquement éprouvée.

Je vous livre donc le fruit de mes quelques recherches. Je n’ai pas la prétention de me considérer comme une experte journaliste scientifique, mais ma formation de biologiste me permet de donner un œil critique à ce qui se dit un peu partout dans les libellés marketing du commerce lucratif des produits cosmétiques. En espérant que ceci vous éclaire également sur le sujet !

ZenBiloba

Une petite note sur la terminologie du thé 

Le terme thé a de manière générale été réservé pour les infusions faites à partir de l’arbuste conifère Camellia sinensis (L.) Kuntze, Theacea, alors que les infusions faites à partir d’herbes telles que le rooibos ont été appelées tisanes. Avec le temps cependant, l’utilisation de thé s’est également étendue à certaines infusions d’herbes, comme c’est ici le cas. Le Rooibos est souvent appelé thé rouge à cause de la coloration rouge du liquide infusé : attention à la confusion possible avec le thé noir et la tisane à l’hibiscus, qui sont appelés également thé rouge (un autre exemple de confusion créée par l’utilisation de noms communs!).

Le thé rouge ou rooibos – ses caractéristiques

rooibos1Le Rooibos est un arbuste qui pousse dans les montagnes de l’Afrique du Sud. Le genre Aspalathus inclut plus de 200 espèces natives de l’Afrique du Sud. Plusieurs formes sauvages présentent des caractéristiques morphologiques variables. Le type A. linearis est celui qui est cultivé pour former le thé rouge comme on le connaît.   Image tirée de ce site.

L’arbuste s’est adapté à un sol pauvre, aride, acide et à des étés chauds et secs. Comme toute légumineuse, le rooibos contient des nodules qui contient des bactéries capables de fixer l’azote, ce qui l’aide à survivre à ces conditions sévères et difficiles.

Histoire

Il y a plus de 300 ans, les habitants indigènes des régions montagneuses de l’Afrique du Sud ont été les premiers à récolter le rooibos pour en faire une tisane. Ils ont découvert que l’infusion avait un goût sucré et prononcé. Les feuilles et tiges étaient coupées, broyées et écrasées, puis elles étaient fermentées avant d’être finalement séchées au soleil. Les botanistes ont observé pour la première fois les plants de rooibos en 1772, lorsqu’ils furent introduits dans le thé par les Khoi.

Le rooibos fut donc cultivé de manière plus importante au début des années 30 et est maintenant exporté dans de nombreux pays du monde. En 1999, environ 29% des ventes de rooibos de l’Afrique du Sud étaient exportées dans plus de 31 pays.

Procédés de fabrication du thé rouge

Il existe deux procédés de préparation du rooibos, qui donne deux types de thé différents. Nous verrons que le procédé utilisé a une importance dans les taux d’anti-oxydants présents dans le produit fini et donc sur les qualités cosmétiques du rooibos.

Les feuilles et bourgeons peuvent être soit fermentés ou immédiatement séchés pour en éviter l’oxydation. Le thé rouge traditionnel est fermenté de manière à peu près semblable à l’époque des indigènes il y a plusieurs centaines d’années. Les outils sont évidemment plus sophistiqués.

Le type fermenté est appelé thé rouge parce que le procédé de fermentation rend l’herbe de couleur rouge, tout comme l’infusion qui en résulte. Le terme Rooibos signifie en fait arbuste rouge.

Le type séché (non fermenté), souvent appelé rooibos vert, contient de grandes quantités de polyphénols antioxydants : le thé fermenté perd en effet une grande partie de ces polyphénols durant le procédé de fermentation. Ainsi, le rooibos vert a été développé pour maximiser ses niveaux d’antioxydants, en réponse à la demande croissante de ce type de substances, habituellement associés au thé vert (C. sinensis). La couleur de l’infusion issue du rooibos vert est plutôt jaune (!).

*** Après de maintes recherches auprès de distributeurs et vendeurs de thé, je n’ai toujours pas réussi à trouver le rooibos vert…

Les antioxydants dans le rooibos

Les radicaux libres (des molécules instables qui ont perdu un électron) peuvent endommager l’ADN des cellules, ce qui peut provoquer le cancer. Ils causent l’oxydation du cholestérol, ce qui crée l’obstruction des vaisseaux sanguins, des attaques cardiaques et infarctus. Les antioxydants se lient aux radicaux libres avant que ces derniers ne causent des dommages. Certains antioxydants sont appelés polyphénols parce que certaines substances contiennent un anneau phénolique dans leur structure moléculaire. Les polyphénols sont communs dans les plantes : ils agissent comme pigments et protègent du soleil, pour attirer les insectes ou les repousser, et comme antimicrobiens et antioxydants.

Les polyphénols sont divisés en sous-groupes qui comprennent entre autres les flavonoïdes et les acides phénoliques. Les polyphénols peuvent aussi être classifiés comme étant des monomériques (molécules qui ne contiennent qu’une seule unité) ou polymériques (grosses molécules contenant plusieurs unités). Bref, les études ont démontré que le thé rooibos contient des polyphénols antioxydants, incluant des flavonoides et des acides phénoliques, qui combattent les radicaux libres.

Flavonoides : Les polyphénols antioxydants identifiés dans le thé rooibos incluent les flavonoïdes suivants : aspalathin, nothofagin, quercetin, rutin, isoquercitrin, orientin, isoorientin, luteolin, vitexin, isovitexin, et chrysoeriol.

  • Le rooibos est la seule source connue d’aspalathine.

  • Les études ont démontré que la quantité de nothofagin dans le thé fermenté et non fermenté était estimé à 3 fois moins que l’aspalathin.

Le thé rooibos – sa vraie valeur comme antioxydant ?

·        Malgré ce que certains en disent, les études ont démontré qu’une tasse de thé rooibos contient moins de polyphénols totaux qu’une tasse de thé vert ou même de thé noir. 

·        Par contre, les types de polyphénols présents dans l’un et l’autre sont différents : la seule concentration en polyphénols totaux ne peut donc être utilisée comme indicateur de potentiel bénéfique sur la santé. Le thé rooibos ne contient par d’epigallocatechin gallate (EGCG), qui est un polyphénol du thé vert qui a été démontré comme étant anticancéreux et antioxydant. Cependant, plusieurs des polyphénols du thé rooibos sont également de très forts antioxydants. 

·        Bien que la quercetin et la luteolin (flavonoïdes) soient de puissants antioxydants, les chercheurs n’ont pas encore déterminé si le thé rooibos en contient suffisamment et que ceux-ci sont suffisamment absorbés par le corps pour avoir un effet bénéfique sur la santé.

·        La présence de l’aspalathin (un polyphénol flavonoïde monomérique) semblerait contribuer aux capacités antioxydantes du thé rooibos, par contre ce polyphénol n’a pas autant été étudié que la quercetin et la luteolin. 

·        NB : Ce ne sont pas tous les polyphénols qui sont des antioxydants. 

Des études comparatives ont été réalisées sur le thé vert, noir et rooibos (rooibos vert – non fermenté - et thé rouge – rooibos fermenté). En ordre décroissant, le thé vert, le rooibos vert, le thé rouge et le thé noir on tous de grandes concentrations d’antioxydants. Le thé vert a démontré des résultats significativement plus élevés en termes de quantité d’antioxydants présents, mais les 3 autres ne sont pas très différents les uns des autres… Ces études ont été réalisées cependant à l’extérieur du corps humain et aucune donnée n’a donc été récoltée sur les capacités d’absorption par le corps.

Plusieurs études ont été réalisées sur des animaux concernant les capacités du thé rooibos à réduire les cancers, mais aucune étude n’a encore été réalisée sur l’homme.

Des études ont démontré que la fermentation du rooibos (thé rouge) réduit cependant ses propriétés antioxydantes. L’hypothèse retenue serait que la fermentation détruit une partie des polyphénols à l’action antioxydante.

Il est important de mentionner finalement que les bénéfices du thé sont probablement apportés par la combinaison de tous les antioxydants plutôt que pris séparément. Étonnamment, les études ont démontré que des effets anti-cancer étaient plus grands lorsque ces substances étaient combinées plutôt que prises une à une. Les résultats démontrent également que la synergie de ces substances avec d’autres qui demeurent encore inconnues contribue probablement à l’effet global anticancéreux.

Il reste donc encore beaucoup de choses à démontrer concernant les propriétés du rooibos.

Ce qui a été prouvé jusqu’à maintenant sur le rooibos (et qui ne correspond pas nécessairement à ce que la publicité prétend !)

  • Vitamine C : les études n’ont en réalité pas démontré la présence de cette vitamine. Les résultats n’ont d’ailleurs pas démontré la présence de minéraux en quantité suffisante pour apporter une source notoire dans la diète quotidienne d’un humain.

  • Coliques, allergies, facilite le sommeil, problème digestifs, maux de tête et autres miracles qu’on lui prétend : ces propriétés n’ont pas été vérifiées par des recherches scientifiques reconnues à ce jour. Pour ce qui est des coliques, ce mythe provient d’une femme sud-africaine qui aurait, en 1968, donné du thé à son bébé et aurait observé que ses coliques s’étaient calmées… Ne trouvant aucune information à cet effet, elle aurait procédé à ses propres tests sur des enfants du village et aurait ainsi écrit un livre sur le sujet. Pas de recherche scientifique plus approfondie n’appuie cette allégation.

  • Bas en caféine et en tanins : le rooibos ne contient en effet pas de caféine ni de théine et beaucoup moins de tanins que le thé noir ou vert. Certaines observations ont d’ailleurs fait un lien avec le fait que des personnes consommaient plus de polyphénols en buvant du thé rooibos, simplement parce que le fait d’avoir moins de tanins (et donc moins d’effet astringent sur le système digestif) leur permettait d’en boire plus… Les tanins sont d’ailleurs reconnus pour réduire l’absorption de fer, ce qui pourrait ralentir le métabolisme et l’utilisation des protéines. Pour les personnes ayant une diète faible en viande, ceci pourrait créer des problèmes. Le thé rooibos est ainsi une bonne alternative de breuvage au thé vert ou noir puisque les études démontrent qu’il n’aurait pas un effet aussi marqué, quoique quand même présent (empêcher l’absorption de fer).

Références

Ce texte est principalement traduit de l’article suivant : http://www.herbalgram.org/herbalgram/articleview.asp?a=2550

Quelques sites dont les références n'ont pas été vérifiées ! Mais dont le contenu n'en est pas moins très intéressant :

http://www.selection.ca/mag/2005/02/the.html

http://www.educspe.com/the/