L’huile d’émeu est maintenant présente partout sur les tablettes au Québec : dans les pharmacies, dans les boutiques d’aliments naturels, dans les produits de beauté, dans les expositions, sites internet, etc.

Je l’utilise personnellement depuis quelques temps, mais comme à mon habitude, je me questionne à savoir si son effet est plutôt lié à mon mental (effet placebo) qu’à de réelles composantes qui ont été reconnues comme ayant des effets médicalement démontrés. Oui, je suis une Thomas. Je n’aime pas de faire raconter des salades. D’ailleurs, notre législation tente de protéger le consommateur (ou citoyen) contre les dents bien aiguisées de l’industrie, qui ne recule devant rien pour extraire nos dollars. Hélas, ce ne sont pas toutes les compagnies qui démontrent des valeurs honnêtes et qui sont réellement éclairées par la passion en plus du côté mercantile.

Mais revenons-en à nos émeus…

Cette grandissante popularité est-elle liée à un succès marketing ou a la révélation d’un produit réellement miraculeux ? Son efficacité a-t-elle été démontrée ? Dans quelles mesures les propriétés qu’on lui confère ont-elles été vérifiées par des études scientifiques sérieuses et indépendantes des compagnies qui commercialisent ce produit ? C’est ce que j’ai tenté de découvrir par mes quelques recherches sur le sujet.

Je vous livre ici le résultat de mes lectures et de ma réflexion, en toute objectivité…

NB : Pour les personnes qui sont contre l’utilisation de produits d’origine animale, vous comprendrez que certains propos ici pourraient vous enflammer… Si vous désirez vous exprimer ici à ce sujet, vous aurez l’entière liberté de le faire. Soyez cependant avertie que le respect des choix et des opinions seront mon guide dans la modération potentielle des commentaires. Aucun propos injurieux ne sera toléré dans ce bloggo-zen !

Émeu : petit bête sympathique d’Australie

L’émeu d’Australie (Dromaius novaehollandiae) appartient à l’ordre des Struthioniformes et à la famille des Dromaiidae, la seule espèce de cette famille d’ailleurs encore vivante de nos jours. Comme tous les ratites (à l’exception des kiwis), l’émeu a un corps lourd et compact, des pattes puissantes adaptées à la course et des ailes rudimentaires. L’oiseau peut couvrir de grandes distances, à une vitesse constante de 7 km/h. Il est capable d’atteindre des vitesses de 48 km/h, avec des enjambées d’environ 2,70 m. C’est aussi un bon nageur, qui se baigne volontiers.

Les émeus peuvent être observés dans la majeure partie de l’Australie, où ils vivent dans une grande variété de milieux. Leurs habitats typiques sont la forêt claire et les plaines semi-arides de l’intérieur. En certaines circonstances, ils peuvent gagner les déserts ou les abords des villes. Cependant, ils ne pénètrent pas dans la forêt pluviale tropicale. L’émeu est actuellement largement réparti à travers l’Australie et ses populations sont considérées comme assez stables (au milieu des années 1980, ses populations étaient estimées à 625.000 – 725.000 oiseaux). Leurs nombres sont actuellement limités par trois facteurs principaux : l’intensité des activités agricoles, les disponibilités en eau et la densité des dingos.

Il est facile de garder et d’élever les émeus en captivité, et l’espèce fait l’objet d’un élevage en Australie occidentale depuis 1970, principalement pour l’exploitation de sa peau dont on fait du cuir. La graisse d'émeu sert aussi à faire de l'huile qui sert à des fins thérapeutiques pour le traitement des problèmes de peau. A savoir que cette huile est naturellement riche et équilibrée en acides gras essentiels oméga 3,6 et 9. Sa viande délicate est également hautement prisée pour sa faible teneur en gras (2-5 %) et sa teneur élevée en protéines et en potassium.

L’huile d’Émeu était originalement utilisée par les aborigènes d’Australie et est maintenant commercialisée pour son utilisation pour de nombreuses conditions.

Le procédé d’extraction de l’huile d’émeu

Il n'existe pas de procédé type pour l'extraction de l'huile d'émeu. Comme il s'agit d'un sujet assez complexe et comme je doute que le détail du procédé intéresse mes lecteurs, je vous réfère à ce site qui le décrit assez bien (en anglais) : http://www.wonderoil.com/store/emu_oil/research/structure/oilresearch_structure_processing.htm 

Les propriétés qu’on lui confère et ses composantes

À lire les documents de promotion des différentes entreprises qui commercialisent l’huile d’émeu, ses effets sont très variés. On lui donne les vertus suivantes :

  • Anti-inflammatoire, avec des effets comparables à l’ibuprofène

  • Antibactérien

  • Hypo allergène, ne causant aucune irritation ni effet secondaire indésirable

  • Pénètre bien, ne laisse pas de sensation graisseuse

  • Non comédogène, n’obstrue pas les pores

On dit qu’elle aide à soulager les éraflures et égratignures, les démangeaisons, les irritations cutanées, les coups de soleil, eczéma, psoriasis, feux sauvages, arthrite, les hémorroïdes, les piqûres d’insectes et finalement qu’elle réduirait l’apparence des vergetures (un sujet sensible chez la gente féminine !).

L’huile d’émeu semble effectivement avoir la capacité de pénétrer l’épiderme, peut-être en partie parce qu’elle ne contient pas de phospholipides. Certaines études réalisées sur des animaux suggèrent que l’huile d’émeu serait plus efficace sur l’inflammation temporaire que l’inflammation chronique (je pense tout de suite à l’arthrite dans ce cas !).

Comme pour tout produit, on trouvera une confirmation ou du moins une explication des vertus de l’huile d’émeu dans sa composition chimique.

Les propriétés physicochimiques de l’huile d’émeu sont comparables à une huile végétale contenant une quantité modérée d’acides gras saturés. Sa composition en acide gras est comparable aux huiles de canola et d’arachide. Sa composition en acides gras saturés est comparable quant à elle à l’huile de cotton. Cependant, peu de données sont actuellement disponibles sur la distribution précise des acides gras dans les triglycérides. C’est en effet cette distribution qui joue un rôle majeur sur ses propriétés comme son point de liquéfaction, son contenu en gras solides et la phase de formation de la stéarine. De plus amples recherches sont nécessaires dans ce domaine.

L’information disponible sur sa composition exacte varie selon le pays d’origine et la source de l’huile. Il est probable que la nourriture dont se nourrissent les émeus influence les propriétés de l’huile. En général toutefois, les données actuelles suggèrent que l’huile d’émeu a une concentration en acides gras insaturés plus élevée que les autres sources animales. Les études démontrent des concentrations d’acide oléique de plus de 55%, d’acides linoléique de 15-20%, ainsi que des traces d’acides palmitoléiques et d’acides linoléniques. Ses composantes saturées principales sont l’acide palmitique (20-25%) et l’acide stéarique (8-12%).

Þ    Ces données intéresseront les savonnières expérimentées puisque c’est la distribution de ces acides gras qui vont donner les différentes propriétés aux huiles utilisées dans la fabrication de savon artisanal.

C’est l’acide linoléique qui serait l’agent qu’on croit responsable de réduire la raideur musculaire et les douleurs articulatoires (certaines sources mentionnent toutefois que c’est à l’acide oléique qu’on attribue l’effet local anti-inflammatoire). Des sites internet mentionnent que l’acide gras oléique serait également responsable de ses effets bénéfiques sur l’atténuation des rides, alléguant même qu’il est un puissant antioxydant. Il permettrait également à la peau d’absorber l’huile d’émeu plus profondément.

Sa haute teneur en sapogènes serait responsable d’assouplir la peau : je n’ai trouvé aucune étude sur internet qui mettait en évidence cette affirmation.

L’huile d’émeu n’est pas reconnue comme ayant des effets indésirables, des interactions avec des aliments ou des drogues et médicaments, ou encore avec certaines maladies. En théorie, elle pourrait interagir avec des médicaments anti-coagulants, et les patients prenant ce type de médicaments devraient vérifier avec leur médecin avant de l’utiliser. Le talon d’Achille de cette huile supposément miraculeuse est sans doute le manque d’études à large spectre. Il y a eu plusieurs etudes prometteuses réalisées à son sujet, mais son efficacité la mieux reconnue demeure son effet anti inflammatoire sur les blessures, les muscles et les articulations.

Finalement, c’est la teneur en acides gras qui influence le plus sur la rancidité d’une huile. Ainsi, l’huile d’émeu rancit rapidement !

Les études scientifiques réalisées sur le sujet

Selon la  Emu Producers International Cooperative Oil Refineries, on produit quotidiennement 5000 livres d’huile pour usage cosmétique comme les crèmes pour les yeux, hydratants et produits capillaries. On l’utilise également pour contrôler le niveau de cholestérol, comme source d’acides gras polyinsaturés et mono insaturés pour la perte de poids, comme sirops contre la toux et le rhume, pour les muscles douloureux, les douleurs aux jointures, l’inflammation, les tunnels carpiens, le sciatique et la goutte.

Néanmoins, selon le très réputé Lawrence Review of Natural Products, à peu près toutes les études scientifiques réalisées sur l’huile d’émeu concernent ses propriétés anti-inflammatoires. Cette organisation stipule également que les études cliniques les plus sérieuses réalisées à ce jour visaient l’observation de ses effets sur des rats. L’huile d’émeu utilisée dans ces études provenait d’émeus habitant cinq régions géographiques (et donc habitats) différentes. Trois groupes ont été injectés à l’huile d’émeu alors que deux groupes ont eu une application topique. Les cinq groupes ont démontré une amélioration bénéfique sur les symptômes d’arthrite. L’utilisation topique d’huile d’émeu a démontré des résultats équivalents à l’injection d’ibuprofène chez les rats (ce résultat est d’ailleurs allègrement repris dans les présentations marketing des différentes entreprises). Dans une très petite étude réalisée sur des sujets humains, l’huile d’émeu a été utilisée pendant approximativement six mois, en application sur des plaies chirurgicales afin de réduire l’apparition des cicatrices. Lorsque comparée à un groupe placebo, l’utilisation de l’huile d’émeu a démontré des résultats significativement supérieurs sur la réduction de l’apparence des cicatrices.

Notez que la totalité des études réalisées sur l’huile d’émeu à ce jour proviendraient d’instituts liés à l’industrie de l’huile d’émeu. Il semble qu’aucune étude indépendante n’ait été réalisée sur le sujet. J’ai d’ailleurs pris connaissance de nombreuses lettres envoyées par la FDA à des entreprises pour ne pas avoir démontré scientifiquement les propriétés qu’elles attribuent à l’huile d’émeu dans leur matériel de mise en marché… Sachant que la législation américaine (tout comme la législation canadienne) permet de s’appuyer sur des études antérieures pour se faire, ça confirme euh… qu’il reste encore du travail à faire de ce côté.

En conclusion

J’ai été suffisamment convaincue pour croire aux propriétés anti-inflammatoires de l’huile d’émeu. Par contre, en ce qui concerne ses propriétés anti-oxydantes, je n’ai pas trouvé rien de convaincant à ce sujet.

Sa haute teneur en acides oléiques et linoléiques en fait une excellente huile à utiliser dans les savons pour les propriétés émollientes qu’elles apportent, quoiqu’elle soit dispendieuse (je l’utiliserais en ajout à la trace dans ce cas). Ses concentrations sont comparables à celles de l’huile d’avocat, l’huile de kukui, l’huile d’arachide, de sésame, de tournesol et de germe de blé. M’enfin, de plein d’huiles moins dispendieuses finalement…

J’ai hâte de voir des études gouvernementales ou du moins des résultats publiés dans des revues scientifiques reconnues qui confirmeront de façon plus objective les propriétés prometteuses de l’huile d’émeu… Ceci dit, puisque l’huile d’émeu n’a pas d’effet négatif reconnu, je vais continuer de l’utiliser car je vous avoue que j’ai eu des effets positifs en l’utilisant personnellement.

Références

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89meu_d%27Australie

http://www.emuoilcanada.com/benefits.html

http://www.wright.edu/admin/fredwhite/pharmacy/popular_nremedies13.html 

http://www.highcascadeemus.com/about_emu_oil.htmlv

The soap maker’s Companion de Susan Miller Cavitch

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